impact écologique poterie

Pourquoi la céramique est une catastrophe pour la planète ?

« Je me sens coupable de créer de nouvelles choses et j’ai peur d’être pris dans un cercle vicieux de surproduction. Je ne sais pas quel est mon impact écologique avec ça »

Alors, je ne mange pas de viande, je ne prends pas l’avion, je ne chauffe pas mon appartement et j’ai fait le choix de ne pas avoir de voiture. J’achète presque jamais rien de neuf, alors produire des objets faits main me donne le vertige. Cette production d’objets n’est-elle pas en contradiction avec mon éthique et mon besoin de prendre soin de notre planète ? Aujourd’hui, je te parle de l’impact écologique de la création d’objet en céramique.

Artisanat et impact écologique

Lorsque nous créons des objets en céramique, nous ne devons jamais oublier l’impact environnemental. Si nous voulons limiter le réchauffement à 2°C, nous savons qu’il faut penser la question de poterie sous une autre forme : arrêter de surproduire, être dans la mesure et limiter nos besoins.

Pour créer des objets, il faut d’abord acheter de la terre. Cette terre est souvent issue de l’industrie, c’est-à-dire qu’elle provient d’une usine de production. Chaque année, des millions de tonnes d’argile sont extraites pour produire des matériaux en terre cuite. Nous utilisons principalement cette argile pour les tuiles et les briques de construction. L’argile à poterie joue un rôle mineur dans ces extractions (environ 5%).

Même si les fournisseurs sont soumis à une réglementation spécifique, l’exploitation des carrières n’est pas sans impact : dégradation des sols, modification des habitats naturels, impact sur la biodiversité, évasion, dérégulation de l’agriculture, émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre, nuisances sonores, transport des matériaux.

Après avoir façonné notre objet, cette même argile doit être cuite. La cuisson des créations nécessite beaucoup d’énergie, d’autant plus que la cuisson requiert une température très élevée. Les ressources utilisées pour la cuisson des céramiques ne sont pas renouvelables. De plus, le processus de cuisson émet des gaz toxiques dans l’atmosphère.

Pour recouvrir et décorer nos créations, nous utilisons plusieurs matières premières qui sont également issues de l’exploitation de la terre. Les déchets de nos émaux sont clairement toxiques pour l’environnement. Nous ne devons pas les mettre dans l’évier, sinon ils finissent dans les rivières dans lesquelles nous nous baignons.

Les outils que nous utilisons proviennent également de l’exploitation. Le tour consomme aussi de l’énergie (sauf si c’est un tour médiéval). Vous l’avez compris, par tous ces exemples, la fabrication de la céramique a un impact écologique important.

7 conseils pour réduire l’impact écologique de votre atelier

Favoriser le circuit court pour l’eau.

Si tu habites en France, tu as la chance d’avoir de l’eau potable en abondance qui sort directement de ton évier. Pourtant, la gestion de l’eau est un élément essentiel de la transition écologique. La technologie peut aider, tout comme les changements de comportement. Pour en savoir plus, je t’invite à consulter cet article.

Pour ma part, je tourne dans mon atelier en circuit court. L’eau utilisée pour le tournage et l’eau utilisée pour nettoyer mes outils, est la même que celle utilisée pour réhydrater l’argile. Dans ce cas, presque aucune eau n’est jetée ou gaspillée.

Ne jamais acheter des outils neuf, l’occasion une vraie mine d’or !

Toujours dans l’esprit de l’économie circulaire et du circuit court, des sites comme leboncoin ou des groupes facebook de poterie sont de véritables mines d’or. Lorsque certains céramistes prennent leur retraite, ils vendent souvent l’ensemble de leur atelier. Tu peux alors trouver tous les outils dont tu as besoin pour tes créations, mais aussi des fours et des tours d’occasion. En plus de payer moins cher, tu fais une bonne action pour la planète. Consommons moins, et vivons plus longtemps 🙂

Ne pas surproduire pour réduire son impact écologique

Comme l’apprentissage de l’écriture, l’apprentissage de la céramique nécessite beaucoup (vraiment beaucoup) de répétitions et de pratique. Il faut tourner de nombreuses pièces avant de pouvoir tourner correctement. Au début de la formation, on veut cuire rapidement ses créations. Puis, après la cuisson, on se rend compte que la forme n’est pas correcte (la forme et le poids ne sont pas adéquats). Alors on jette sa pièce.

Je pense qu’au début de la pratique, il ne faut pas cuire n’importe quoi. Apprendre, c’est être capable de s’améliorer, de se dépasser, de progresser. Alors, imagine que tu fasses cuire toutes les pièces que tu crées, combien finiront à la poubelle ?

Il faut s’entraîner, persévérer, sélectionner les meilleures des meilleures créations et ne pas se décourager. De cette façon, tu peux apprendre à sélectionner tes créations et voir si tes pièces sont acceptables. Apprendre à recycler les pièces cassées permet d’apprendre à connaître l’argile mais aussi de développer les qualités essentielles pour un céramiste : patience, persévérance, humilité et esprit critique.

Lorsque je serai céramiste professionnelle, j’espère ne cuire que ce que je vendrai et ne pas surproduire ! ❤️

Ne jamais rien jeter

Au début de notre pratique, nous avons l’habitude de produire plus que ce que nous vendons ou utilisons. Il existe de nombreuses façons d’éviter que tes créations ne se retrouvent à la poubelle. Tu peux vendre tes articles sur des sites Web de seconde main ou sur des marchés aux puces. Tu peux aussi donner tes créations à tes proches ou les offrir à des personnes dans le besoin. Aujourd’hui, 17 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en France.

Si tes créations sont inutilisables, tu peux les donner à des artistes qui souhaitent réutiliser les matières premières pour re-créer ou bien les donner à des associations qui visent à recycler les matières premières.

Réparations de vos créations cassés.

L’un des piliers fondamentaux est de ne plus jeter et de donner une seconde vie à vos créations. Il est possible dans certaines mesures de réparer vos créations cassées à l’aide de différentes techniques. Je me suis récemment inscrit à une formation de Kintsugi. Cette pratique japonaise consiste à réparer les fissures de tes créations avec de l’or et de la pâte de riz. J’ai écrit deux articles sur ce sujet ici et .

Bien choisir ses fournisseurs de matières premières

Nous avons déjà vu ensemble dans un article, tous les dangers qui pourraient subsister dans la céramique à la maison. Tous ces produits sont nocifs pour nous mais aussi pour notre environnement. Une action incontournable est de faire un choix de matériaux réfléchi.

Les matières premières que nous achetons doivent provenir de fournisseurs locaux soumis à la réglementation française. Personnellement, dire que mes matières premières proviennent d’une usine d’enfants me dégoûte. De plus, acheter local assure un coût environnemental moindre en termes d’émissions de carbone relatif aux transport.

Pire que mieux, la course à la meilleur impact écologique

Chez ma grand-mère, il y a un grand vase en poterie. Elle le tient de sa mère qui la tenait d’un cousin. Je pense que ce vase restera longtemps dans la famille. Si je mentionne le vase de ma grand-mère, c’est pour te rappeler que les objets faits à la main n’ont pas de prix. Ce sont souvent des objets que l’on garde toute sa vie car ils ont une grande valeur sentimentale. Le travail d’un artisan est bien meilleur à mes yeux que les objets que l’on peut acheter ici et là dans les magasins ultra industriels. Les mugs type iké* finiront sûrement leur vie plus vite que le mug que nous offrons issu de la production de nos deux petites mains. Dans tous les cas, le plus important est d’être en accord avec ses valeurs pour se sentir bien dans sa peau.

Je pense qu’il est toujours possible d’améliorer ces pratiques et de faire un pas de plus pour réduire notre impact. Il n’est pas possible d’être parfait mais en prendre conscience est un grand pas pour nous, les artisans. Tous les secteurs doivent être vigilants à leur impact et doivent modifier la vision de leur quotidien et de leur métier. Former, sensibiliser et faire mieux qu’hier, voilà ce que nous devons tous faire.

Dites-moi si tu connais d’autres actions à faire dans son atelier de poterie pour limiter son impact écologique 🙂.

à bientôt, Jeanne

PS : Je m’informe régulièrement sur le site suivant : lebonpote. C’est une personne indépendante qui vulgarise le changement climatique.


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