Vie d’un céramiste : gérer un atelier de céramique à Paris (retour d’expérience)

Lorsque j’étais en pleine reconversion professionnelle, j’idéalisais énormément le métier de céramiste, de gérer un atelier de céramique à Paris.

Dans mon imaginaire, les journées se résumaient à tourner de belles pièces et dessiner de nouveaux projets. En gros, presque toujours avoir les mains dans la terre. J’imaginais un quotidien créatif et calme.

Trois ans plus tard, je peux dire que la réalité est très différente.

Attention, je ne suis pas en train de dire que le métier est décevant. Au contraire, j’adore ce que je fais. Mais comme beaucoup de métiers artisanaux, il y a un grand écart entre ce que l’on imagine de l’extérieur et ce que l’on vit réellement au quotidien.

Aujourd’hui, avec mon associée Pia <3, nous gérons un atelier-boutique de céramique à Paris. Nous donnons des cours, accueillons des artisans en dépôt-vente, produisons nos propres pièces, gérons les cuissons, la communication, l’administratif et tout le reste.

Si j’avais pu lire ce genre de témoignage lorsque je préparais ma reconversion, cela m’aurait probablement aidée à mieux comprendre ce qui m’attendait. Donc j’ai décidé de vous partager à quoi ressemblent réellement mes journées.

Mise en contexte de l’atelier de céramique à Paris

Pour ceux qui découvrent cet article par hasard (bienvenue sur le blog !!) voici quelques éléments de contexte:

Après une reconversion dans la céramique en 2023, année de l’obtention de mon CAP tournage, j’ai ouvert un premier atelier dans un tiers-lieu regroupant plusieurs artisans.

Puis, en octobre 2025, j’ai franchi une nouvelle étape en ouvrant mon propre atelier-boutique dans le 17e arrondissement de Paris. Cette fois-ci, avec pignon sur rue (mon rêve ultime).

J’ai ouvert cet espace avec une associée, elle aussi céramiste, et nous gérons aujourd’hui l’ensemble de l’activité à deux.

Avant de détailler notre quotidien, je pense qu’il est important de rappeler une chose : ouvrir un atelier de céramique ne signifie pas passer ses journées à faire de la céramique.

C’est probablement ce qui m’a le plus surprise depuis mon installation.

Les tâches à gérer au quotidien à l’atelier

La gestion de la boutique

En plus des cours et de notre production personnelle, nous avons développé une boutique de créateurs.

Nous accueillons actuellement une quinzaine d’artisans qui exposent leurs créations en dépôt-vente. En échange d’une commission sur les ventes et d’un loyer, ils peuvent déposer leurs pièces dans notre boutique.

Sur le papier, cela semble relativement “simple”. Mais c’est une activité qui demande beaucoup de temps pour nous (les gérantes)

Comme nous sommes une boutique, nous devons maintenir de larges horaires d’ouverture afin de maximiser les opportunités de vente pour les artisans qui nous font confiance.

Nous gérons également les contrats, le suivi des loyers, les ventes, les paiements de chaque artisan en fin de mois ainsi que toute la partie comptable liée à ces transactions.

Nous animons un groupe WhatsApp pour tenir les créateurs informés de la vie de la boutique et des ventes réalisées. Et tentons de faire de notre mieux pour créer des événements pour faire venir du monde à l’atelier.

À cela s’ajoute tout le travail d’aménagement du lieu. Nous réorganisons régulièrement les espaces afin que chacun puisse bénéficier d’une bonne visibilité. Nous nous occupons également de la communication sur les réseaux sociaux et de la mise en valeur des créations exposées.

C’est un aspect du métier auquel je ne m’attendais pas forcément en devenant céramiste : gérer une boutique demande presque autant d’énergie que de produire ses propres pièces. Surtout pour une grande introvertie comme moi

Les cours à donner aux élèves

Les cours représentent aujourd’hui le cœur de notre activité.Nous proposons quatre créneaux hebdomadaires ainsi que des initiations et des stages tout au long de l’année. Souvent toutes les semaines.

Lorsqu’on pense à l’enseignement de la céramique, on imagine souvent uniquement le temps passé avec les élèves. Pourtant, ce n’est qu’une petite partie du travail.

Chaque cours demande de la préparation : imaginer les exercices, préparer les outils, organiser les espaces de travail, recycler ou préparer la terre, anticiper les besoins de chacun.

Nous devons également nous assurer que toutes les matières premières sont disponibles et suivre l’évolution des élèves sur le long terme.

Il y a aussi un travail d’accompagnement en dehors des cours : répondre aux questions, gérer les inscriptions, suivre les abonnements et conseiller les élèves dans leurs projets.

Les tâches répétitives de l’atelier de ceramique à Paris

Certaines tâches sont moins visibles mais indispensables au bon fonctionnement de l’atelier.

Il faut nettoyer les espaces de travail (bon, j’avoue nous ne sommes pas très exigeantes sur ce point), entretenir le matériel, recycler la terre, préparer les engobes, fabriquer les émaux, tester de nouvelles couleurs et assurer la maintenance générale du lieu.

Nous devons également enfourner et défourner les fours, gérer les cuissons et émailler les pièces de nos élèves.

Aucune de ces tâches n’est particulièrement spectaculaire. Pourtant, elles occupent une place importante dans nos semaines.

L’administration

S’il y a une partie du métier que j’avais totalement sous-estimée lors de ma reconversion, c’est probablement celle-ci.

Être à son compte implique de gérer la TVA, les déclarations administratives, les impôts, la comptabilité, les factures, les assurances et toutes les obligations réglementaires liées à l’activité.

Nous devons également gérer le site internet, les réservations, les plannings et suivre les indicateurs financiers de l’entreprise.

Ce n’est pas forcément ce qui fait rêver lorsqu’on choisit un métier artisanal, mais c’est une réalité incontournable. Sans ça, c’est toute notre entreprise qui est en danger.

La communication

Lorsque nous avons ouvert notre atelier, l’engouement autour de la poterie avait déjà commencé à ralentir.Nous ne sommes plus dans la période où les ateliers se remplissaient automatiquement grâce à l’effet de mode.

Dans notre quartier, nous sommes entourées de nombreux autres ateliers de céramique. Il est donc essentiel de faire connaître notre activité.

Nous consacrons beaucoup de temps à la communication sur les réseaux sociaux, mais également à des actions plus locales : affichage, distribution de flyers, partenariats avec les commerçants et participation à la vie du quartier.

Là encore, ce n’est pas forcément l’image que l’on se fait du métier de céramiste.

La place de la créativité

Heureusement, il reste la partie qui nous anime!

Nous essayons chaque semaine de préserver du temps pour créer nos propres pièces, développer de nouvelles collections ou répondre à des commandes professionnelles et particulières.

Nous travaillons d’ailleurs actuellement sur une offre destinée aux professionnels, mais ce sera le sujet d’un prochain article 🙂

Pour ma part, j’essaie de dessiner tous les jours et de mettre les mains dans la terre au moins une fois par semaine, simplement pour le plaisir. Parfois, les impératifs de gestion prennent le dessus et cet équilibre est difficile à maintenir.

Finalement, combien de temps passe-t-on vraiment à faire de la céramique ?

C’est probablement la question qui résume le mieux cet article.

Lorsque l’on ouvre son propre atelier, on ne devient pas seulement céramiste. On devient aussi commerçante, enseignante, communicante, gestionnaire, comptable et parfois même technicienne de maintenance. C’est ça la vie d’entrepreneuse !

La réalité, c’est que je passe aujourd’hui beaucoup moins de temps les mains dans la terre que lorsque j’étais élève.

Paradoxalement, je me sens pourtant plus proche que jamais de mon métier. Parce que toutes ces tâches annexes sont très importante. Grâce à ça, nous pouvons faire vivre un lieu qui permet à d’autres personnes de découvrir la céramique !

Bien sûr, il y a des jours où j’aimerais simplement tourner pendant huit heures d’affilée.

Mais je sais aussi que si cet atelier existe aujourd’hui, c’est grâce à tout ce travail invisible que l’on ne voit jamais sur Instagram.

Et même si les tableaux Excel ont pris plus de place que prévu dans ma vie, je continue à préserver du temps pour créer.

NB : Comme nous avons ouvert il y a peu de temps, notre organisation évolue encore beaucoup. Il est donc possible que certaines informations de cet article ne soient plus tout à fait d’actualité dans quelques mois. 🙂

à très vite,

Jeanne


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