Quand on pense à la Renaissance italienne, on imagine souvent les peintures de Raphaël (dans le Vatican !!), les sculptures de Michel-Ange ou encore l’architecture florentine. Mais cette période a aussi profondément marqué l’histoire de la céramique.
Depuis quelque temps, j’avais envie de vous écrire à ce sujet. J’avais un peu peur de me lancer car il y a énormément de choses à dire, et je ne suis pas une experte de l’histoire de l’art. Pourtant, les majoliques italiennes sont des pièces riches, décoratives et colorées. Elles continuent encore aujourd’hui d’inspirer énormément d’artistes.
Alors dans cet article, j’avais envie de vous emmener avec moi découvrir les grandes évolutions de la céramique pendant la Renaissance italienne : les majoliques italiennes, les styles décoratifs emblématiques, les formes typiques et les grandes régions de production.
Qu’est-ce que la majolique italienne ?
Impossible de parler de la Renaissance italienne sans évoquer les majoliques italiennes.
Le terme “majolique” viendrait probablement de Mallorca ou de Malaga, en Espagne, où ce type de céramique était déjà produit avant son développement en Italie.
En effet, à l’origine, les majoliques étaient produites en Espagne. Il s’agissait de faïences à glaçure stannifère ornées de lustres métalliques. Cette influence est visible dès les premières fabrications italiennes. Le terme de majolique s’est ensuite étendu à toutes les créations décorées sur émail stannifère cru.
La majolique est une faïence recouverte d’un émail blanc opaque à base d’étain, appelé émail stannifère. Cette surface blanche permet ensuite de peindre des décors très colorés et détaillés.

À l’origine, ces pièces étaient principalement décoratives. Elles servaient à montrer le raffinement des familles italiennes et occupaient souvent une place importante dans les intérieurs. Certaines majoliques étaient offertes lors de mariages ou exposées près des cheminées comme véritables objets d’apparat.
Ce que je trouve fascinant, c’est que ces céramiques étaient presque pensées comme des tableaux. Chaque pièce racontait quelque chose.
Les formes emblématiques de la Renaissance italienne
Pendant la Renaissance, certaines formes deviennent très populaires dans les ateliers italiens.
On retrouve par exemple (liste non exhaustive) :
- les aiguières, sortes de vases élégants avec un bec et une anse. On les appelait les “credenze” de la Renaissance ;
- les chevrettes, à la panse ovoïde et au col cylindrique, utilisées dans les pharmacies pour conserver des préparations médicinales ;
- les crespina, de grandes coupes décoratives aux bords festonnés ;
- ou encore les fameux plats d’apparat, destinés davantage à être montrés qu’utilisés au quotidien.



Beaucoup de ces formes s’inspirent directement des objets métalliques de l’époque. Certaines pièces étaient même moulées à partir d’objets d’orfèvrerie déjà existants.
Quand on regarde ces céramiques aujourd’hui, on sent vraiment le lien entre artisanat et art décoratif.
Les influences artistiques de la Renaissance italienne
Au fil du XVe siècle, les décors évoluent énormément.
De nouvelles couleurs apparaissent, comme le jaune orangé, le vert cuivre ou certains bleus très intenses. Les influences orientales restent encore très présentes au début, notamment dans les motifs végétaux et les arabesques.
Puis progressivement, l’Italie redécouvre l’Antiquité gréco-romaine. Cela influence profondément les décors des céramiques. Venise devient alors l’un des plus grands centres de production d’Italie grâce à l’utilisation d’ouvrages illustrés comme Les Métamorphoses d’Ovide ou Le Songe de Poliphile. On parle alors de motifs all’antica.
Les artistes commencent à peindre :
- des scènes mythologiques ;
- des portraits ;
- des trophées ;
- des créatures fantastiques ;
- ou encore des ornements inspirés des fresques antiques.

C’est à ce moment-là qu’apparaissent les fameux décors “grotesques”.
Le décor grotesque
Le style grotesque apparaît d’abord dans les décors architecturaux avant de se développer sur les céramiques.
Ce style mélange :
- des masques ;
- des dauphins ;
- des candélabres ;
- des créatures hybrides ;
- des feuillages très stylisés.
Les compositions sont souvent très chargées mais restent étonnamment harmonieuses, avec une peinture libre et presque fantaisiste inspirée de l’Antiquité. Les motifs prennent des formes hybrides et imaginaires. Ils apparaissent d’abord sur les carreaux de pavement et les décors architecturaux.
Ce style perdure notamment dans les vases à pharmacie de Castel Durante, puis vers 1560 avec Raphaël et les fresques du Vatican peintes sur fond blanc.

Personnellement, c’est probablement l’un des styles que je préfère. Il y a quelque chose de très libre et presque théâtral dans ces décors. Une sorte de fantaisie que je trouve admirable pour cette époque.
Le style istoriato : raconter des histoires sur la céramique
Au XVIe siècle apparaît un style très important : le istoriato.
Le principe est simple : utiliser la céramique comme support narratif.
Les artistes peignent alors de véritables scènes. Cela peut être mythologique, religieuse ou encore historique. Mon truc préféré ce sont les scènes issues de la littérature d’époque !
Nicola da Urbino est l’un des grands représentants de ce mouvement. Il met en avant des figures humaines dans des scènes narratives souvent inspirées de sujets religieux, mythologiques ou satiriques.

Quand on regarde certaines assiettes istoriato, on oublie complètement qu’il s’agit d’objets en céramique. Cela me fait parfois penser à des bandes dessinées anciennes (désolé pour la comparaison un peu simpliste auprès des puristes 😅).
Florence et les Della Robbia
À Florence, impossible de ne pas évoquer la célèbre famille Della Robbia.
Leur travail est particulièrement reconnaissable grâce à leurs sculptures religieuses en faïence émaillée blanche et polychrome.
Ils utilisaient l’émail stannifère blanc pour donner à leurs œuvres un aspect presque comparable au marbre, tout en conservant les qualités de la céramique.
Leurs créations représentent souvent des femmes. Ce sont des vierges, des saintes. Ils peuvent aussi réprésenter des scènes religieuses avec des guirlandes de fruits et autre feuillages.

Je trouve leurs œuvres très touchantes parce qu’elles mélangent quelque chose de très sculptural avec la douceur propre à la céramique.
Urbino : le sommet de la majolique italienne
Au XVIe siècle, Urbino devient l’un des plus grands centres de production de majolique en Italie.
Les ateliers y produisent des pièces extrêmement raffinées :
- de grands plats ;
- des vases sculpturaux ;
- des fontaines ;
- des gourdes décoratives ;
- des salières monumentales.
Les décors sont foisonnants, remplis de détails et organisés autour de compositions très symétriques.
Les influences de Raphaël y sont particulièrement visibles, notamment dans les célèbres décors a raffaellesche, inspirés des fresques du Vatican.
Quand on regarde ces pièces aujourd’hui, on comprend à quel point la frontière entre artisanat et art était déjà très fine à cette époque.
Conclusion sur les majoliques italiennes
Avec les majoliques italiennes, les artistes ne créaient pas seulement des objets utilitaires. Ils racontaient des histoires, montraient leur maîtrise technique et faisaient de la céramique un véritable support artistique.
Quand je regarde certaines majoliques italiennes, j’ai l’impression de voir des objets hors du temps.
Ce qui est fascinant aussi, c’est que derrière toutes ces régions et tous ces styles, il existe énormément d’histoires d’artistes, d’ateliers et de familles qui ont marqué l’histoire de la faïence italienne. Certaines figures sont devenues incontournables, comme la famille Della Robbia, Nicola da Urbino ou encore les grands ateliers d’Urbino et de Faenza.
J’aimerais beaucoup écrire d’autres articles autour de ces artistes et de leurs histoires, parce que je trouve que comprendre leur travail permet aussi de mieux regarder la céramique aujourd’hui.
D’ailleurs, dites-moi en commentaire si ce type d’article autour de l’histoire de l’art céramique vous plaît 🙂
à très bientôt,
Jeanne


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