Je discutais récemment avec un élève qui venait de prendre un cours d’initiation au tournage à l’atelier, et il m’a posé une question toute simple :
“Pourquoi la poterie est si difficile au début ?”
Sur le moment, j’ai été un peu prise de court. J’avais presque envie de lui répondre : “Comme toutes les nouvelles choses qu’on commence… c’est toujours difficile.”
Mais en réalité, la réponse est un peu plus complexe que ça.
Aujourd’hui, avec le recul, je comprends mieux pourquoi la poterie peut sembler si difficile quand on débute. Et surtout, pourquoi cette difficulté est complètement normale.
Une discipline qui demande du temps
Quand on commence la céramique, on a souvent envie d’aller vite. Notre ego nous dit : “Je vais y arriver rapidement.”
Je ne veux pas lancer la pierre, mais je crois que c’est en partie lié aux réseaux sociaux, comme Instagram. On voit des céramistes expérimentés tourner des pièces parfaitement centrées, en quelques minutes. Tout a l’air hyper simple.
Mais ce que l’on oublie, c’est que ces gestes sont le résultat de centaines d’heures de pratique. Ce sont souvent des personnes très expérimentées, qui se filment à plusieurs reprises et ne gardent que le meilleur moment.
La réalité, c’est que la poterie est une discipline exigeante, qui demande du temps, de la répétition et beaucoup de patience. Et oui, même aujourd’hui, il m’arrive encore d’échouer régulièrement. D’ailleurs, je trouve que c’est important d’échouer. Je pense que même les meilleurs céramistes se trompent souvent… surtout certains jours où rien ne fonctionne.
Une pratique en plusieurs étapes (et autant d’occasions de se tromper)
Ce qui rend la poterie difficile, c’est son processus.
Contrairement à d’autres disciplines artistiques, la céramique s’inscrit dans le temps long. Entre l’idée et l’objet final, il peut s’écouler plusieurs semaines.
Il y a :
- le façonnage
- le séchage
- la première cuisson
- l’émaillage
- la seconde cuisson
À chaque étape, quelque chose peut se passer. Une fissure peut apparaître, l’émail peut réagir différemment que prévu, une pièce peut se déformer à la dernière cuisson (oui… parfois la céramique peut être assez ingrate 😅).
Et surtout, il y a une part que l’on ne contrôle pas totalement. C’est aussi ce qui fait la beauté de la céramique… mais c’est parfois frustrant quand on débute.
La courbe d’apprentissage (et le fameux effet Dunning-Kruger)
Mon conjoint, qui apprend le dessin, m’a parlé d’une notion que je trouve très parlante : l’effet Dunning-Kruger. C’est un biais qui fait que, lorsque l’on débute, on a tendance à surestimer ses compétences.
Par exemple, on réussit à centrer une pièce et on a l’impression de pouvoir tout faire. On pense que l’on pourra centrer tout le temps, ou travailler des plus gros poids de terre sans difficulté.
Alors qu’en réalité, on est seulement au tout début du chemin.
Puis, à mesure que l’on apprend, on se rend compte de tout ce que l’on ne sait pas encore. Et c’est là que cela peut devenir décourageant. Il faut apprendre à rester humble.
Le plus important, c’est d’accepter cette phase. Accepter de ne pas savoir, et comprendre que l’apprentissage est long. Voici une image que j’ai trouvé sur internet qui résume bien ma pensée (et l’effet en question)

Accepter l’inconfort pour progresser
Apprendre la poterie, c’est aussi apprendre à être inconfortable. Il faut accepter de sortir (ou plutôt d’agrandir) sa zone de confort.
Cela passe par :
- faire face à ses erreurs
- accepter les critiques
- reconnaître que l’on ne maîtrise pas encore
Pour ma part, j’ai toujours été très sensible aux retours des autres. Au début, c’était très difficile pour moi d’accepter les critiques. Certaines remarques pouvaient vraiment me toucher.
Mais avec le temps, j’ai compris que ces retours étaient essentiels pour progresser.
Bien sûr, il ne faut pas tout écouter. Mais apprendre à faire le tri, à entendre ce qui peut nous faire avancer, est une étape importante.
🚨 Un bon conseil serait de trouver des amis créatifs qui peuvent vous faire des retours constructifs et qui savent comment vous parler (avec des pincettes par exemple)
Le corps fait aussi partie de l’apprentissage
On oublie souvent que la poterie est une discipline physique.
Tourner demande de la force, de l’endurance et une certaine habitude du corps. Porter des pains de terre, rester debout longtemps, répéter les gestes… tout cela sollicite énormément le corps.
Beaucoup de céramistes développent des douleurs, des tensions, parfois même des blessures. Il est donc très important d’écouter ses limites.
Avec le temps, on développe une mémoire musculaire. On apprend à mieux coordonner ses gestes.
Faire de la poterie, et en particulier du tournage, est pour moi presque comme une danse. Il faut trouver un équilibre entre son corps et son esprit.
Un résultat jamais totalement garanti
C’est peut-être l’un des aspects les plus difficiles à accepter. En céramique, même si l’on fait tout “correctement”, le résultat n’est jamais garanti à 100 %.
On peut passer des heures sur une pièce… et la voir se fissurer à la cuisson, ou être déçu du rendu final de l’émail.
C’est une discipline où l’on doit accepter une part d’incertitude. Et au début, c’est particulièrement frustrant.
Si vous vous demandez pourquoi la poterie est difficile au début, c’est souvent à cause de tous ces éléments combinés.
Conclusion : une difficulté nécessaire
Si la poterie est difficile au début, ce n’est pas un hasard. C’est une discipline exigeante, qui demande du temps etde la patience.
Mais c’est aussi ce qui la rend si riche. Et c’est pour cela que je l’aime autant.
Alors si vous débutez et que vous trouvez cela difficile, c’est plutôt bon signe. Cela veut dire que vous êtes en train d’apprendre.
Et surtout, que vous êtes en train d’entrer dans une pratique qui demande du temps…
D’ailleurs, si ce sujet vous parle, j’en parle aussi dans un autre article sur le blog : apprendre la poterie
à très bientôt,
Jeanne


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