cuisson de l'argile

les secrets de la cuisson de l’argile : tout ce que tu dois savoir

Tu as toujours été dans un atelier, et maintenant que tu dois prendre en main la cuisson de tes créations seul, tu te sens un peu perdu ? Tu as l’habitude de suivre les courbes de cuisson de l’argile proposées par ton fournisseur, mais tu souhaites comprendre les propriétés de la terre ? Cet article est pour toi !

Déjà, laisse-moi te dire que chaque céramiste a sa propre façon de gérer ses cuissons, et celles-ci dépendent essentiellement du four qu’ils utilisent. Mais il existe des principes et des règles à connaître sur l’argile. Dans cet article, nous explorerons les principes fondamentaux des cuissons de l’argile, en mettant l’accent sur les propriétés physico-chimiques à connaître.


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Comment se passe la cuisson de l’argile ?

Les deux cuissons pour chaque type d’argile

En céramique, il est courant de procéder à deux cuissons, quel que soit le type d’argile utilisé. Ces deux cuissons successives sont “essentielles” pour créer des pièces céramiques. Nous en parlerons plus en détail dans les prochains paragraphes.

  • La première cuisson : cuisson de dégourdi ou cuisson de biscuit

Souvent appelée cuisson de dégourdi pour les grès et les porcelaines, ou cuisson de biscuit pour les faïences, cette cuisson a pour objectif principal d’éliminer l’humidité résiduelle dans l’argile. Cela rend les pièces plus solides et moins poreuses, les préparant ainsi à la deuxième cuisson.

four de biscuit
Pièces biscuités d’élèves – mars 2023
  • La cuisson d’émaillage

Les pièces sont recouvertes d’émail, puis cuites à des températures spécifiques pour obtenir la finition désirée. Cette cuisson peut être oxydante ou réductrice. La différence entre ces deux modes de cuisson dépend de l’oxygène présent dans le four.

Différence entre cuisson oxydante et réductrice

La différence essentielle entre la cuisson oxydante et réductrice en émaillage réside dans la manière dont elles affectent les couleurs et les caractéristiques des émaux.

La cuisson oxydante :

L’atmosphère du four est riche en oxygène, ce qui permet une combustion complète du combustible. Le flux constant d’oxygène maintient les couleurs des émaux stables et brillantes, préservant leur aspect d’origine. On dit que l’atmosphère du four est « neutre ». La cuisson oxydante est souvent réalisée dans un four électrique.

La cuisson réductrice :

L’objectif est de réduire la quantité d’oxygène dans le four. Ce type de cuisson est possible dans les fours à flamme (bois, gaz, par exemple). La cuisson réductrice nécessite une surveillance constante pour ajuster la quantité d’oxygène et obtenir les résultats souhaités. Il est impossible de lancer ce type de four durant la nuit.

La réduction de l’oxygène entraîne une combustion incomplète du combustible, créant un environnement riche en carbone. Cela peut provoquer des réactions chimiques complexes, altérant les couleurs des émaux et créant des effets de surface uniques : tels que des nuances métalliques ou des variations de couleur ou des effets de cristallisation.

exemple d’une cuisson en réduction – prise sur ce site

Tout savoir sur la cuisson de biscuit de l’argile

Introduction sur la cuisson de biscuit

La première fois que la création en argile passe dans le four, on parle de cuisson de biscuit. Les créations doivent être totalement sèches, sous peine d’endommager le four. Au cours de cette première cuisson, les pièces en argile sont exposées à des températures élevées, généralement entre 900°C et 1000°C, selon le type de terre utilisé.

L’objectif principal de la cuisson de biscuit est de durcir les pièces en éliminant toute l’humidité résiduelle et en amorçant la transformation de l’argile en céramique cuite. La montée en température est effectuée lentement pour éviter tout risque de fissuration due à un choc thermique.

Comment le four monte en température pour la cuisson de biscuit ?

Avant 600°C

La cuisson doit démarrer assez lentement et progresser de 100°C par heure (en moyenne) jusqu’à atteindre les 600°C.

Pourquoi 600°C ?

→ Le point quartz est atteint à 573°C ! C’est à partir de ce moment que l’argile se transforme en céramique cuite. La transformation est irréversible une fois que l’argile « perd de l’eau » et qu’elle se transforme pour recombiner un ensemble d’atomes. C’est à ce moment là que la silice subit une transformation structurelle.

Le point quartz est significatif car il marque le début de la vitrification de l’argile. À partir de ce moment, l’argile devient plus solide, moins poreuse et prend des caractéristiques de céramique cuite. La connaissance de ce point est essentielle pour le contrôle des températures de cuisson et pour garantir que les pièces céramiques atteignent le stade de vitrification souhaité.

Après 600°C

De 500°C à 700°C, il faut bien laisser ouverts les regards du four pour laisser le gaz et la vapeur d’eau s’échapper.

exemple de courbe de cuisson – pas à l’échelle

La cuisson biscuit se fait généralement entre 900 et 1000°C pour que toutes les matières organiques résiduelles aient pu brûler correctement (bactéries, déchets de plantes). Une fois que les créations sont cuites, il y a un retrait et un changement de couleur.

  • Pour les terres de faïence

Une fois la première cuisson de la terre de faïence (entre 980°C et 1050°C) effectuée, la terre reste poreuse. Cette porosité permet d’absorber l’émail après la première cuisson.

  • Pour les terres de porcelaine et de grès.

La température des terres vitrifiées est d’environ 980°C en moyenne.

En moyenne, la cuisson biscuit dure entre huit et onze heures. Dans les fours les plus récents, les microprocesseurs permettent une régulation de la température très précise. De ce fait, il est possible de monter en température plus rapidement et de changer le temps de cuisson (entre quatre et six heures)

Tout savoir sur la cuisson d’émail de l’argile

Une fois l’émaillage réalisé, il faut les cuire une seconde fois à la température appropriée aux émaux utilisés. Les pièces peuvent être cuites dès que l’émail est sec ou alors être laissées en attente après l’émaillage sans limite de temps. Comme lors de la cuisson de biscuit, il ne faut jamais placer des pièces humides au four ! Si les pièces sont humides, il faut les laisser sécher quelques heures avant de les cuire.

La cuisson au four électrique donne des résultats raisonnablement prévisibles. Les fours qui utilisent d’autres types d’énergies sont plus imprévisibles. Dans ce sens, la durée des cuissons d’émail varie selon le type de four et la température recherchée.

Pour la cuisson d’émail, la courbe de cuisson peut être plus rapide que pour la cuisson de biscuit. Une grande partie des transformations qui interviennent dans la terre se sont déjà produites pendant la cuisson de biscuit. La première cuisson rend le tesson plus solide et moins sujet aux déformations ultérieures.

La porosité de la faïence

Si la cuisson d’émail ne dépasse pas 1060 °C et si la terre n’a pas été amenée trop près de son point de vitrification pendant la cuisson de biscuit, le tesson restera poreux. Il peut être nécessaire d’émailler entièrement les terres cuites poreuses pour les rendre imperméables.

Les cuissons typiques des terres vitrifiées (grès, porcelaine)

La cuisson d’émail aux températures du grès (autour de 1250 °C) implique certaines exigences qu’il faut prendre en compte.

La durée moyenne d’une cuisson de grès est de neuf heures. La pièce ayant déjà été cuite, les étapes de la cuisson d’émail peuvent être plus rapidement franchies que pour la cuisson de biscuit. On peut monter en température par paliers d’environ 100 °C par heure jusqu’à 500 °C, puis par paliers d’environ 250 °C jusqu’à la température recherchée.

Toujours s’adapter à son cas spécifique

Il est impératif de vérifier les températures de cuisson recommandées par les fournisseurs d’argile. Chaque type de terre a ses propres caractéristiques et exigences de cuisson, et les variations peuvent être significatives. La fiabilité de ces informations garantit que les pièces atteindront leur état final souhaité. Si tu as un doute, tu peux les contacter pour obtenir des informations précises sur la cuisson.

Durant ma formation, les professeurs insistaient sur le fait d’avoir un journal de bord. Enregistrer les détails des cuissons, tels que les températures, les paliers de température, les phases de refroidissement, et même les observations subjectives, permet de suivre l’évolution de chaque cuisson. Un graphique peut également s’avérer utile pour visualiser les variations et ajustements nécessaires au fil du temps. Plus nous connaissons la pâte, plus il est facile de l’ajuster (les montées en température, les paliers à atteindre, la phase de refroidissement).

température de cuisson céramique
Exemple de température de cuisson

Sur les progrès des fours éléctriques

Les progrès technologiques ont considérablement amélioré la régulation de température dans les fours céramiques. Les microprocesseurs modernes permettent une gestion précise et automatisée des températures de cuisson. . En conséquence, il est possible de monter en température plus rapidement et de réaliser des cuissons plus rapides et plus précises.

Zoom sur la monocuisson de l’argile

Les petites pièces peuvent parfois être cuites en une seule fois : il n’y a pas de cuisson de biscuit et l’émail est appliqué à cru, parfois après application d’une couche d’engobe. Dès le façonnage, il faut alors envisager les manipulations qui vont devoir être faites pour réaliser l’émaillage sur cru. Le taux d’absorption d’une pièce à cru étant inégal, il est beaucoup plus difficile de poser l’émail de manière uniforme. Une pièce non biscuitée est par ailleurs bien plus fragile.

Les risques de casse sont plus importants, et il est difficile en cas d’erreur d’enlever l’émail sans abîmer le tesson cru. Lors de l’émaillage, la façon de tenir les pièces crues est capitale, puisqu’elles elles se ramollissent aussitôt que l’on applique l’émail. Pour éviter de les endommager, les céramistes émaillent souvent les pièces crues au pistolet.

Un démarrage de la cuisson plus lent est nécessaire (50 °C par heure au lieu de 100 °C par heure). On peut procéder normalement à partir de 600°C.

Je n’ai pas encore eu l’occasion d’expérimenter la monocuisson. Par contre, j’adore le site suivant.

Conclusion sur la cuisson de l’argile

J’espère de tout coeur que cet article t’a aidée à mieux comprendre comment les céramiques sont cuites. La cuisson de l’argile est une étape essentielle dans le processus de création céramique. Je suis convaincue que comprendre les propriétés physico-chimiques de l’argile est crucial pour réussir les cuissons. La connaissance du point quartz et des caractéristiques de chaque type de terre permet de contrôler les températures de cuisson et d’obtenir les résultats souhaités. Dis moi si cet article a été utile pour toi !

à très bientôt,

Jeanne


Commentaires

15 réponses à « les secrets de la cuisson de l’argile : tout ce que tu dois savoir »

  1. Avatar de Zorzitto Dominique
    Zorzitto Dominique

    Merci pour ces explications c est très clair
    Cordialement dominique

    1. Merci pour votre commentaire Dominique, à bientôt 🙂 Jeanne

  2. Avatar de
    Anonyme

    Très intéressant et concis, bravo ! et merci !

    1. Merci pour votre commentaire et à bientôt sur le blog ☺️

  3. je commence … seule à la maison , avec de l’argile ramassée en campagne. Pas tout compris mais très instructif, merci. Puis-je essayer de mettre mes petites pièces (petit oiseau de 7 cm par exemple) dans mon poêle à bois ?

    1. Bonjour,

      Merci pour votre commentaire, et bravo de vous lancer dans la poterie à la maison ! Travailler avec de l’argile ramassée dans la nature, c’est une super démarche, même si cela demande un peu d’expérimentation.

      Concernant la cuisson dans un poêle à bois, c’est « possible », mais il y a quelques précautions à prendre :

      – Assurez-vous que vos pièces soient parfaitement sèches avant de les mettre au feu. L’humidité résiduelle pourrait provoquer des fissures ou même faire éclater vos créations.
      – Dans un poêle à bois, il peut être difficile de contrôler la montée en température, mais essayez de chauffer progressivement pour éviter les chocs thermiques.
      – Un poêle à bois n’atteint généralement pas les températures nécessaires pour une cuisson à haute température (environ 1 000 °C pour de la terre cuite). Cela permettra tout de même de durcir vos pièces, mais elles resteront poreuses. Donc pas d’alimentaire, et à manipuler avec précaution.

      Je n’ai jamais expérimenté la cuisson avec un poêle à bois, donc je vous laisserai tester et observer les résultats par vous-même.

  4. Avatar de Boussetta
    Boussetta

    Merci d’avoir partager ces informations,
    S’il vous plaît,je veux vous Poser une question,
    Dans le domaine de génie civil, pourquoi il yavait parfois des chutes (décollement) des plaques inférieures des hourdis ,je constate des points planches fréquemment distribués tout au long du plan de coupure?et merci d’avance.

    1. Bien sûr ! Voici une version adaptée :

      Merci pour votre commentaire ! 😊 Honnêtement, je ne suis pas experte en génie civil et dans les gros travaux, donc je ne suis pas sûre si ma réponse va vraiment aider. Mais en ce qui concerne l’argile, des décollements peuvent survenir à cause d’un séchage ou d’une cuisson inégale, créant des tensions. Je ne sais pas exactement ce qu’ils utilisent dans ce domaine, mais peut-être que ça peut aider un peu.

      Si vous avez des questions plus précises n’hésitez pas !

  5. Bonjour, merci pour ces infos.
    J’ai une petite question : j’ai cuit des biscuits faïence trop bas et je voudrais les recuire plus haut avant l’émaillage, est-ce qu’il y a un quelconque risque ?
    Merci d’avance

    1. Bonjour Juliette!
      Oui, tu peux tout à fait recuire tes biscuits à une température plus élevée avant l’émaillage. Il n’y a pas de risque particulier tant que tu restes dans la plage adaptée à ta terre. Attention cependant : plus la température monte, plus la terre devient imperméable, ce qui peut parfois rendre l’émaillage un peu plus délicat.

  6. Avatar de Nathalie FOYER
    Nathalie FOYER

    Bonjour
    Merci de partager toutes ces informations.
    Je voudrais faire ma première monocuisson avec un émail dont la plage de température va de 1020 à 1280°. Je ne voudrais pas dépasser les 1020/1050 ° afin de conserver la couleur et l’opacité de mon email.
    Pensez vous que je puisse faire la courbe suivante directement à partie de l’argile cru :
    – 50°/h jusqu’à 600°
    – 150 °/h jusqu’à 1020° ?
    merci pour tous vos bons conseils

    1. Bonjour,
      Merci pour ton commentaire !

      C’est une très bonne question. Ta courbe me semble cohérente, puisque tu montes doucement jusqu’au point de fusion. Par contre, il faut bien vérifier que ton émail est compatible avec la terre en monocuisson (je te conseille de faire un test sur un tesson avant d’émailler toutes tes pièces). Comme la plage de température est grande, il est possible que la couleur diffère selon la température
      J’ai aussi remarqué qu’en monocuisson, il vaut mieux ne pas poser l’émail trop épais, et s’assurer que les pièces sont bien sèches, évidemment !

      Tu me diras si ça a fonctionné 😊

      1. Avatar de nathalie foyer
        nathalie foyer

        Merci beaucoup pour ce retour. Je vais tester cela sur des tuiles de tests

  7. Avatar de Ir full en génie mécanique de production Ematina Muboti
    Ir full en génie mécanique de production Ematina Muboti

    Ok merci pour vos explications ,d’avoir ajouter encore un plus sur ce que je connais. De bonne choses.

    1. Merci pour votre commentaire 🙂

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