Tu souhaites savoir comment la porcelaine a évolué en France à partir du 17ème siècle ? Pourquoi la porcelaine de Sèvres est si reconnaissable ? Quelles étaient les différences entre les manufactures de porcelaine durant cette époque ? Cet article est pour toi.
L’histoire de la porcelaine en France du 17ème au 18ème siècle est fascinant ! La porcelaine française a évolué, s’est diversifiée et a atteint un niveau de technique incroyable. Des manufactures renommées telles que Chantilly, Mennecy, Sèvres et bien d’autres ont laissé leur empreinte sur le monde de la céramique.
Dans cet article, nous plongerons dans l’univers de la porcelaine française, explorant les différentes périodes, les influences artistiques, les techniques de production et les décors qui ont marqué cette épopée. Nous découvrirons comment ces manufactures ont suivi l’évolution des goûts et des styles au fil des siècles.
La porcelaine de Chantilly
À l’époque du roi Louis XV, la demande de fabrication de porcelaine, à l’imitation du Japon, fut lancée. Les débuts de cette recherche de porcelaine furent marqués par des défis techniques. En effet, après la cuisson, la teinte des pièces était plutôt grisâtre, car elles étaient recouvertes d’un émail stannifère au lieu de l‘émail plombifère transparent. Or, la porcelaine est connue pour sa blancheur translucide.
Claude Humbert
En 1738, Claude Humbert Gérin a apporté une solution en ajoutant de l’alun dans la pâte pour la blanchir.
Cette période a vu l’influence du style extrême-oriental avec l’adoption de formes asiatiques telles que les bouteilles à saké, les théières et les tasses, ainsi que des formes européennes comme les pots à eau, les seaux et les assiettes.

De plus, Chantilly fabriquait des « magots », de petites statuettes assises et corpulentes au visage souriant.
Jean-Antoine Fraisse
Les décors de la porcelaine de Chantilly étaient peints par Jean-Antoine Fraisse. Il s’inspirait des laques, des soieries, des gravures et de la porcelaine asiatique de style Kakiemon.

Les décors typiques de la porcelaine de Chantilly comprenaient des grenades, des grues, des hérons et des cailles en couleur bleue et rouge. La palette de couleurs était translucide, similaire à celle utilisée par les Japonais. Les couleurs de grand feu étaient appliquées en aplat et cernées d’un trait noir.
À la recherche de blancheur de porcelaine en France
Vers 1760, Chantilly s’est efforcé d’atteindre le degré de blancheur de la porcelaine tendre de Vincennes et Sèvres. À cette époque, la glaçure stannifère a été abandonnée au profit des couleurs de petit feu. Chantilly s’est spécialisé dans la fabrication de vaisselle de table, produisant des plats et des assiettes ornés de bouquets aérés de fleurs au naturel, comprenant des roses, des pivoines, des primevères et des liserons.
En 1760, un nouveau service a été introduit, orné de cartels, de scènes de chasse ou de fables de La Fontaine, avec une bordure dorée sur fond bleu mosaïque.

En 1755, des objets de forme rocaille ornés de fleurs en relief ont également été produits.
En raison de la concurrence, Chantilly a commencé à produire de la vaisselle décorée en camaïeu bleu, sans utilisation d’or.

La porcelaine de Mennecy
François Barbin
En 1736, François Barbin établit son atelier à Mennecy, un emplacement idéal en raison de sa proximité avec le sable de Fontainebleau et de l’accès à l’eau. Sa manufacture, connue sous le nom de « Manufacture de Villeroy« , produisait à la fois de la faïence et de la porcelaine tendre.
Les décors réalisés à Mennecy étaient en polychromie, s’inspirant des styles Imari et « blanc de Chine ». Ils reprenaient les motifs de Chantilly, mais avec un trait plus sec et une palette de couleurs différente.
La porcelaine de Mennecy se caractérisait par sa pâte blanche et la grande qualité de ses créations, notamment des statuettes représentant de grands animaux et des divinités antiques.

Les décors étaient inspirés de Sceaux et de Vincennes, avec des tonalités de bleu et de rose.
En 1765, la manufacture a décidé d’abandonner la production de services de table pour se spécialiser dans la fabrication de petits objets tels que des jattes, des aiguières, des bassins, des jardinières et des petits vases Médicis.


Les statuettes polychromes ont continué à être produites, et la production de Mennecy était similaire à celle de Sceaux, avec une préférence marquée pour le style rocaille, caractérisé par un naturalisme joyeux.
Porcelaine de Sceaux
La manufacture de Sceaux a été créée dans le but de rivaliser avec la manufacture de Vincennes. Elle est principalement connue pour sa faïence de style « Japon » avec un décor à feu doux.

Le faïencier Jacques Chapelle a fabriqué de la porcelaine de manière clandestine (mais c’est toute une autre histoire, à suivre dans un prochain article ?)
En 1770, la manufacture de Sceaux a commencé à produire des services de table et des accessoires de toilette. Le style distinctif de Sceaux était caractérisé par des oiseaux polychromes posés sur un tertre feuillu.

La palette de couleurs était plutôt douce, avec une pâte très blanche et une polychromie de petit feu, notamment un camaïeu de rose.
Porcelaine de Vincennes
La porcelaine de Vincennes a également été fortement influencée par l’Extrême-Orient dans ses productions. De nombreux objets « blanc de Chine » ont été créés.
Utilisation de l’or
La manufacture de Vincennes a obtenu l’exclusivité de l’utilisation de l’or dans ses décorations.

Le style rococo de la porcelaine de Saxe a également influencé les créations de Vincennes. Les fleurs étaient peintes dans des tons pastel et ornaient les vases, les lustres en bronze et les lanternes de style rocaille.
Ces fleurs étaient réalisées en utilisant des gravures botaniques d’Allemagne, elles étaient délicatement soulignées d’un trait noir, et leurs couleurs étaient adoucies par de petits insectes qui camouflaient les défauts de cuisson.
L’influence de Jean-Claude Duplessis
En 1745, de nouveaux décors ont été introduits, et les pièces portaient désormais la double signature « LL » (car Vincennes était devenue la manufacture royale grâce à l’utilisation de l’or)



En 1748, Jean-Claude Duplessis a dessiné de nouvelles formes de services de table.
Beaucoup de décors ont été inspirés par les tableaux de Watteau et Boucher, réalisés en camaïeu pourpre, rose ou bleu. Les fleurs n’étaient plus soulignées d’un trait noir, mais peintes de manière plus naturelle. L’or était utilisé pour obtenir des teintes de rose.
En 1750, Vincennes était à son apogée. La manufacture proposait de petites statuettes représentant des femmes de cour, des bergères et des musiciennes.
L’influence de Boucher
En 1753, les fonds des pièces étaient agrémentés de couleurs pour mettre en valeur les cartels décorés d’oiseaux, de fleurs et de paysages à la manière de Boucher. Le camaïeu carmin ou bleu prédominait.

Le « fameux bleu fond de Sèvres » était utilisé pour mettre en valeur la blancheur de la porcelaine. Le bleu turquoise, également appelé bleu céleste, était obtenu grâce à l’ajout d’un oxyde de cuivre.
Il existait également d’autres coloris, tels que les fonds jaune mille, jaune jonquille, vert frais et rose Pompadour.
Porcelaine de Sèvres
La manufacture de Sèvres est devenue la manufacture royale en 1760, symbolisant la sophistication. Les pièces se caractérisaient par des couleurs vibrantes et des scènes qui imitaient les peintures à l’huile.
Les formes étaient principalement de style rocaille, avec des plats et des assiettes chantournés. Les créations étaient ornées de moulures et d’éléments au relief prononcé.
La vaisselle de Sèvres était destinée aux entrées, aux desserts et aux plats de présentation (la glaçure sur porcelaine étant facilement sujette aux rayures). La manufacture produisait des cabarets (services à thé ou à café), ainsi que des vases de formes variées, des objets de toilette et des pièces conçues pour être accrochées aux murs.
Quelques vases de Sèvres étaient particulièrement renommés, notamment le Vase hollandais, le Vase pot-pourri et le Vase à bobèches.
Les décors étaient toujours inspirés des œuvres de Boucher et de Téniers. Les cartels étaient présents, mais les compositions étaient plus denses et variées, mettant en scène des fruits, des fleurs, des oiseaux et des scènes.

Les décors servaient à camoufler le fond blanc de la porcelaine. Les couleurs étaient l’une des marques de fabrique de Sèvres, avec des teintes telles que le bleu, le rose, le vert, le bleu sombre, le bleu nouveau et le bleu tapis.
Pour conclure sur le début de la porcelaine en France
Au fil des siècles, les manufactures de Chantilly, Mennecy, Sèvres et d’autres encore ont façonné des pièces uniques.
L’influence de l’Extrême-Orient, les styles rococo, les motifs floraux, les palettes de couleurs vibrantes et les techniques de production sophistiquées ont tous contribué à forger l’identité de la porcelaine française. Chaque période a apporté son lot de nouveautés et de transformations.
Aujourd’hui, ces trésors de porcelaine en France nous rappellent l’importance de préserver l’héritage artistique. J’espère que cet article t’a permis de plonger dans cet univers et d’apprécier le développement de la porcelaine en France.
Maintenant, je t’invite à continuer d’explorer, en visitant des musées, des expositions et des galeries d’art ! D’ailleurs, pourquoi pas trouver des pièces en porcelaine vintage dans des brocantes ? 🙂
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à très bientôt,
Jeanne


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